Le prêt à intérêt

Par Gérard Touaty
samedi 21 mai 2022
par  Paul Jeanzé
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Un étudiant vint une fois se plaindre auprès du Hafetz Haïm [1]lui expliquant qu’il connaissait de grandes difficultés dans l’étude de la Thora. « Cela fait des années que j’apprends au prix d’efforts considérables et pourtant je ne suis pas toujours capable de comprendre correctement une page de Guémara [2] ». « Mais, mon fils, expliqua le Rabbi, il n’existe pas de « mitzva » "d’être érudit". La thora nous demande essentiellement de nous fatiguer dans l’étude et cela que l’on devienne un érudit ou que l’on reste un homme simple ». Il y a dans cette courte histoire à la fois la dynamique et le but du judaïsme. On ne peut évoquer le Bien s’il n’y a pas « effort » et « dépassement de soi ».

L’une des « mitzvoth » de la paracha Behar est l’interdiction de prêter de l’argent avec intérêt à un Juif [3]. Cet interdit trouve chez nos Maîtres un écho qui donne à cette « mitzva » un caractère hautement symbolique du judaïsme : celui qui accepte sur lui l’interdit du prêt à intérêt est comme s’il acceptait toute la Thora, mais celui qui refuse cet interdit est considéré comme s’il rejetait le joug de la Thora.
Quelle idée nos Maîtres ont-ils voulu ici mettre en valeur pour faire du prêt à intérêt une « mitzva modèle » du judaïsme ?

Obtenir par l’effort

Avant de répondre, il nous faut d’abord expliquer brièvement ce qu’est le prêt à intérêt. À la différence d’un profit commercial, tout à fait légitime, l’intérêt est un profit réalisé sans effort.
Lorsqu’un homme prête de l’argent, il recevra, en plus de la somme prêtée, un pourcentage uniquement grâce au fait que l’argent prêté lui appartenait. Ce profit, d’après la loi, est illégal.
C’est sur cette base que nos Maîtres ont pu comparer le respect de cette mitzva à toute la Thora. Lorsque Hachem créa le monde, Il le conçut de telle sorte que tout ce que l’homme recevrait était l’aboutissement d’un effort. Et ce, aussi bien spirituellement que matériellement. Pourquoi en était-ce ainsi ? Hachem qui est l’essence même du Bien, ne pouvait-il pas créer sans qu’il n’y ait nécessairement fatigue et peine ?
C’est précisément, parce qu’Il est le Bien, répondent nos Maîtres, que le Monde est agencé ainsi. Par nature l’homme ne trouve aucun plaisir réel à profiter d’une chose qu’il a obtenu sans effort. Le Talmud confirmera quand il dira « qu’un homme préfère 1/10 d’une quantité de récolte pour laquelle il s’est fatigué que 9/10 qu’on lui donnerait ».
D’un point de vue plus profond cette réponse n’explique pas tout. Il existe une nature humaine qui comme nous venons de le voir préfère l’effort au don gratuit, mais pourquoi Hachem a-t-il fixé les choses ainsi ?

Ressembler à Hachem

Le Bien véritable c’est la capacité donnée à l’homme de ressembler à son Créateur.
Hachem donne, crée, influence le monde alors que l’homme subit cette action. Par l’effort, l’homme va s’élever au-dessus de cette condition pour à son tour créer et modifier. C’est l’effort qui lui permettra en quelque sorte d’être, selon les mots du Talmud, « un associé de Hachem dans la création du monde. »
Bien plus l’effort et la volonté créent chez l’individu le sentiment d’une joie profonde. C’est ce point qui donne au prêt à intérêt sa dimension si fondamentale. Refuser d’exiger un intérêt n’est pas seulement une bonté faite à un Juif. C’est aussi la volonté de conformer sa morale sociale personnelle à celle du Créateur qui voulut en créant le monde que l’homme n’obtienne rien sans effort.

Gérard Touaty - Actualité Juive Hebdo


[1Un des plus grands maîtres du judaïsme européen (1839 - 1933)

[2La Guémara est le commentaire de la Michna. Les deux réunies forment le Talmud.

[3« N’accepte de sa part ni intérêt ni profit, mais crains ton Dieu, et que ton frère vive avec toi. Ne lui donne point ton argent à intérêt, ni tes aliments pour en tirer profit. »


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