Vivre dans le désert et non déserter la vie

vendredi 14 juillet 2023
par  Paul Jeanzé
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Dans la Parashat Matot Masse, qui fait partie du livre de Bamidbar (Nombres), on peut observer quatre événements majeurs : les mitonenims (ceux qui se plaignent), les meraglim (les explorateurs), Kora’h et sa clique, et Masse shitim avec les bnot midian (les filles de Midian). Ces événements ont rendu cette période dans le désert très agitée.

Deux autres éléments importants sont mentionnés : le lashone har’a (médisance) de Myriam et la faute de Moïse qui l’a empêché d’entrer en Eretz Israël (la terre d’Israël).

On se demande pourquoi cette période dans le désert a été si mouvementée. Plusieurs explications sont possibles : le hasard, les circonstances fortuites ou encore un plan délibéré. On pourrait considérer que cette dernière explication est la plus pertinente. Les différentes étapes traversées par les enfants d’Israël dans le désert ont été conçues pour les confronter à des difficultés qui les ont fait faillir.

Il est intéressant de souligner que cette période marque un changement de conduite des enfants d’Israël dans la perspective de leur arrivée en Eretz Israël. Ils devront passer d’une période où le surnaturel (nourriture miraculeuse, eau du puits, nuées divines) était omniprésent, à une vie en Eretz Israël où le miracle quotidien a été remplacé par le Beit Hamiqdash (le Temple) et la culture de la terre. Les quarante-deux étapes traversées par les enfants d’Israël revêtent également une signification profonde. Rachi explique que cela permet de faire connaître les bontés de Hachem, malgré le décret de les faire errer dans le désert. Même durant ces quarante ans, ils n’ont pas été déplacés sans repos. Ils ont effectué un total de vingt étapes en trente-huit ans.

Le Rav Bénichou évoque ensuite le mashal (parabole) du père avec un enfant malade, pour illustrer le soin que prend Hachem de chacun de ses enfants. Il souligne que Hachem se soucie toujours de nous, quelles que soient les circonstances.

Le Rambam, dans le Moreh Nevoukhim, explique que la Torah détaille ces étapes car elles renforcent la Émounah (la foi) des enfants d’Israël. Dans le désert, ils ont dû affronter des serpents, des serpents volants et des scorpions, ce qui fait partie des plus grandes bontés de Hachem.

Le Rav Bénichou fait également référence à un enseignement de Rabbeinou Be’hayé sur le verset 33:2, qui mentionne deux fois “leurs sorties”. Selon tous les prophètes, la délivrance future ressemblera à la première délivrance. Les enfants d’Israël devront sortir dans le désert et traverser les mêmes étapes. Hachem pourvoira à leurs besoins, comme Il l’a fait au mont Sinaï. Certains pensent que le désert des nations est différent du désert du Sinaï, et que les étapes ne sont pas géographiques, mais spirituelles. C’est pourquoi il y a deux sorties : la première et la dernière.

Le Megalé Hamoukot souligne que les quatre premières lettres des mots du verset forment les noms de quatre grands exils : Edom, Madai, Babel et Yavan.En ce qui concerne les villes de refuge, le Rav Bénichou souligne qu’il y en a six à l’est du Jourdain et quarante deux en Eretz Israël. C’est étrange, car ces villes sont destinées aux meurtriers et aux Lévites. En fait, cela montre que Hachem veut que ceux qui ont commis involontairement un meurtre côtoient les Lévites car ils ont la notion des vraies valeurs. Par leur faute, un homme est mort.

Cela rappelle une anecdote où un Américain rend visite au ‘Hafetz ‘Hayim, et ce dernier lui explique que sa maison est très simple car il est constamment en voyage. Il lui demande s’il emporte ses meubles lorsqu’il voyage, et l’Américain répond que non, il va à l’hôtel. Le Hafetz Hayim lui fait remarquer que c’est la même chose pour lui, car il est en voyage tout le temps. Nous oublions souvent que ce monde-ci n’est qu’un couloir.

Le Rav Bénichou poursuit en évoquant le livre Ohev Israël, qui met en lumière la signification du premier verset du Chema. Dans le premier paragraphe, nous acceptons l’amour de Hachem sans même que notre intellect en soit conscient. Le deuxième verset, quant à lui, parle de l’étude de la Torah, où notre intellect doit être pleinement conscient. Ces versets constituent nos villes de refuge, notre refuge spirituel. Cela rappelle également le sens profond de la fête de Souccot.

Le message essentiel est de comprendre que la vie est un désert, un voyage avec ses étapes et ses épreuves. Mais nous devons agir à chaque étape, et ne pas être des déserteurs. Nous ne devons jamais désespérer. C’est pour cela que Hachem a consigné par écrit ces étapes, pour que nous nous souvenions de l’amour qu’Il nous porte à chaque instant.

Le Rav Bénichou conclut son Dvar Torah en partageant une histoire édifiante. C’est l’histoire d’un homme qui passe dans le monde futur et à qui l’on montre toutes les étapes de sa vie. L’homme se voit marcher dans la neige, et il remarque qu’il y a deux ensembles de traces de pas qui avancent avec lui pendant les périodes de joie et de bonheur. Mais dans les moments difficiles, il ne voit qu’une seule trace de pas. Alors, il se tourne vers Hachem et Lui demande : « Maître du monde, Tu m’as abandonné dans ces moments ? » Et Hachem répond : « Non, Mon enfant, Je t’ai pris dans Mes bras et Je t’ai porté pendant ces périodes difficiles. »

Cette histoire nous enseigne qu’il ne faut jamais désespérer, même lorsque nous traversons des épreuves. Hachem est toujours présent à nos côtés, nous soutenant et nous aidant à surmonter les difficultés. Les étapes de notre vie, tout comme les étapes traversées par les enfants d’Israël dans le désert, sont remplies de l’amour divin et d’une présence bienveillante.

En conclusion, nous sommes invités à vivre pleinement chaque étape de notre vie, en reconnaissant que même dans les moments les plus sombres, Hachem est là pour nous guider et nous soutenir. Tout comme les enfants d’Israël dans le désert, nous devons persévérer, agir et ne jamais abandonner. Sachons que chaque instant est empreint de l’amour éternel de Hachem.

Par David ELKAÏM
D’après un chi’our de Rav Bénichou


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