Chapitre 7. Contemplation
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Un autre type simple de méditation est la contemplation. J’ai abordé cette forme de méditation dans un chapitre précédent, dans le contexte du hitbonenuth, mais je vais ici l’étudier plus en détail et en termes pratiques.
La contemplation consiste à s’asseoir et à se concentrer sur un objet, un mot ou une idée, en laissant celui-ci occuper tout l’esprit. Il s’agit d’une excellente méditation d’initiation, dans la mesure où elle ne nécessite aucune expérience préalable de la méditation ni aucune connaissance approfondie de l’hébreu ou du judaïsme. Les techniques sont les mêmes que celles de la méditation mantra, à l’exception du fait que l’expérience est visuelle plutôt que verbale.
La contemplation simple consiste à fixer un objet pendant un certain temps. Comme dans toutes les formes de méditation, il est important d’être installé aussi confortablement que possible. Il faut éviter de cligner des yeux, car cela peut entraîner une gêne. Il est préférable de s’asseoir et de fixer l’objet de contemplation de la manière la plus détendue possible.
L’objet de la contemplation peut être n’importe quoi ou presque : une jolie pierre, une feuille, une fleur ou un texte écrit. Il convient toutefois d’éviter les images, les photos et les statues, car les contempler s’apparente dangereusement à l’idolâtrie.
Comme dans le cas de la méditation mantra, il faut s’asseoir tranquillement dans le lieu de méditation, en s’adaptant à l’espace. La méditation en elle-même devrait durer entre vingt et trente minutes. Après la méditation, il est recommandé de rester immobile pendant cinq à dix minutes afin d’absorber les effets de l’exercice.
La contemplation visuelle est précieuse à bien des égards. J’ai déjà parlé de la visualisation, qui consiste à créer des images dans son esprit. La contemplation est une très bonne introduction à cette pratique. Une fois qu’une personne a appris à regarder correctement un objet, elle peut également apprendre à contrôler sa vision. La contemplation grave l’image dans l’esprit, et cette image peut ensuite être évoquée même lorsque l’objet n’est pas présent.
Vous pouvez commencer par utiliser l’objet de contemplation comme point de focalisation pour une méditation non structurée. Cela signifie que vous fixez l’objet tout en laissant votre esprit vagabonder librement. La contemplation concentre l’esprit, mais les pensées restent libres. Vous pouvez réfléchir à la manière de restructurer votre vie, au sens de la vie ou à tout autre sujet qui vous tient à cœur. Plutôt que d’être le but de la méditation, la contemplation est un complément à une méditation non structurée, mais qui n’en demeure pas moins efficace.
À mesure que l’on progresse, on apprend à remplir l’esprit de l’image visuelle de l’objet de contemplation, en bannissant toute autre pensée. Cela ressemble beaucoup à la méditation mantra, sauf qu’au lieu de remplir l’esprit d’un mot ou d’une phrase, on le remplit d’une image. Les pensées parasites sont également écartées de la même manière ; chaque fois qu’une pensée surgit dans l’esprit, elle est doucement repoussée, laissant toute l’attention fixée sur l’objet de contemplation.
Au début, il est nécessaire de faire un effort conscient pour libérer l’esprit de toute pensée superflue. Cependant, après un certain temps, l’objet de la contemplation devient le centre total de l’attention, et tout le reste semble disparaître. L’expérience de regarder l’objet devient très intense. C’est comme s’il n’y avait plus rien d’autre au monde que le méditant et l’objet de la contemplation.
Lorsque l’on atteint cet état, chaque détail de l’objet prend une importance particulière. Ainsi, si l’on contemple une feuille, chaque ligne et chaque nervure prennent une signification majeure. On voit alors des structures et des motifs dont l’esprit n’a normalement pas conscience. Chaque détail sera profondément gravé dans la conscience.
Il existe une grande liberté quant au choix de l’objet de méditation. Si vous le souhaitez, vous pouvez utiliser un objet différent à chaque séance. Cela est nécessaire si l’objet de contemplation est quelque chose de périssable, comme une feuille ou une fleur. Cependant, lorsque vous utilisez un objet différent à chaque fois, les effets ne sont pas cumulatifs.
Il est donc préférable d’utiliser le même objet pendant une période relativement longue. Si possible, l’objet devrait rester le même pendant trente à quarante jours, suffisamment longtemps pour que l’on s’y habitue. Ainsi, l’expérience de chaque séance est renforcée, et l’expérience de chaque jour s’ajoute à celle des jours précédents.
Il est toutefois important de comprendre que l’objet de la contemplation n’est qu’un moyen et non une fin en soi. Il faut être extrêmement prudent de ne pas transformer l’objet de la contemplation en objet de dévotion, car cela frôlerait l’idolâtrie. Même lorsque l’on prend conscience du Divin dans l’objet, celui-ci ne doit pas être transformé en objet vénéré ou en objet de dévotion. Comme ce danger est toujours présent, il est préférable de se limiter aux types de contemplation effectivement mentionnés dans la littérature juive classique.
On me demande parfois s’il est préférable de commencer par la méditation avec mantra ou par la contemplation. Dans une large mesure, c’est une question de préférence personnelle. Certaines personnes sont plus verbales, tandis que d’autres sont plus visuelles. Pour une personne verbale, la méditation avec mantra sera plus efficace, tandis qu’une personne plus visuelle trouvera peut-être plus facile de remplir son esprit avec la contemplation. Bien sûr, si une personne a un maître spirituel qui connaît son âme et son psychisme, celui-ci pourra l’aider à prendre cette décision.
La méditation mantra et la contemplation visent toutes deux à développer des zones différentes de l’esprit et de l’âme. Elles sont donc toutes les deux remarquables. Il existe également des méditations importantes qui font appel aux sens du corps. Pour les débutants néanmoins, la méditation mantra semble généralement la plus simple à mettre en œuvre.
Certaines personnes trouvent utile de combiner la méditation mantra et la contemplation. Si on a appris à concentrer son esprit grâce à la méditation mantra, on peut également utiliser cette méthode pour améliorer sa contemplation. Il est très facile de remplir son esprit d’images visuelles lorsque l’on se trouve dans un état de conscience élevé atteint grâce à la méditation mantra. En ce sens, la méditation sur un mantra peut être considérée comme une excellente introduction à la contemplation.
De plus, comme nous l’avons vu, le mantra juif le plus universel est l’expression Ribbono shel Olam, « Maître de l’univers ». Ce mantra ne nie pas la réalité physique, mais concentre notre attention sur l’univers physique et nous rend conscients de son Maître. Ainsi, ce mantra est un excellent moyen de relier le monde visible à son Créateur.
Il existe une différence considérable entre le concept français d’univers et le concept hébreu. En français, le mot « univers » [1] vient du latin unus, qui signifie « un », et versum, qui signifie « tourner ». Par conséquent, « univers » désigne ce qui est transformé en un, ou ce qui est combiné en un tout intégral. Ainsi, dans le sens profane, l’univers est considéré comme le principal facteur unificateur de la création.
Le mot hébreu pour univers, quant à lui, est olam, qui dérive de la racine alam, signifiant « cacher ». Par conséquent, selon le sens hébreu du terme, l’univers est considéré comme ce qui cache le Divin. Ainsi, lorsque l’on dit Ribbono shel Olam, qui signifie « Maître de l’Univers », on dit qu’il existe un Maître caché derrière l’univers. Ainsi, en répétant ce mantra, on prend conscience de la réalité cachée derrière la réalité visible.
Lorsqu’une personne utilise le mantra Ribbono shel Olam tout en contemplant un objet physique, elle peut réellement commencer à percevoir le Divin caché dans cet objet. Elle peut faire de l’objet de sa contemplation un lien entre elle-même et Hachem. L’objet devient un canal à travers lequel on peut faire l’expérience du Divin. Bien que tout objet physique puisse être utilisé comme centre de méditation, plusieurs sont mentionnés spécifiquement dans la littérature juive, en particulier dans la Kabbale. Chacun d’entre eux a une signification propre.
Un type de méditation mentionné dans le Zohar (1:1b, 2:231b) consiste à contempler les étoiles. Le Zohar fournit une explication liée à la Torah pour ce type de méditation, tirée du verset « Levez les yeux vers le haut, et voyez qui a créé ces choses, celui qui fait sortir leur armée par nombre, il les appelle toutes par leur nom… » (Isaïe 40:26). Le verset est considéré par le Zohar comme prescrivant une méditation contemplative ayant pour objet les étoiles.
Le Zohar souligne que dans ce verset, il y a deux mots hébreux clés, MI, qui signifie « qui », et ELeH, qui signifie « ceux-ci ». Lorsque ces deux mots sont combinés, les lettres hébraïques (en majuscules ici) forment le mot ELoHIM, le nom hébreu de Hachem. Ainsi, lorsque l’on regarde « ces choses » – les choses du monde ordinaire et banal – et que l’on se demande « qui ? » – qui est l’auteur et la base de ces choses ? – on trouve Hachem. Le Zohar présente ceci dans le contexte des étoiles, mais cela est vrai pour tout objet de contemplation.
Les gens qui regardent les étoiles éprouvent souvent un sentiment d’émerveillement et de petitesse face à l’infini. Cependant, si l’on pratique cela comme une méditation spécifique, en contemplant les étoiles et en chassant toute autre pensée de son esprit, ce sentiment d’émerveillement et la présence de Hachem dans la création sont considérablement renforcés. Notre regard dépasse les étoiles, à la recherche de ce qui se trouve au-delà – du « qui » derrière le « ces » – et nous prenons conscience de notre Créateur.
Un débutant peut trouver difficile de contempler les étoiles de cette manière sans être submergé par des pensées parasites. C’est pourquoi un mantra tel que Ribbono shel Olam peut s’avérer extrêmement utile. En quelque sorte, on regarde les étoiles comme si elles cachaient une vérité plus grande et plus profonde ; et l’esprit et l’âme sondent et cherchent à percer ce mystère. En prononçant Ribbono shel Olam – « Seigneur de l’Univers » –, on appelle en quelque sorte Hachem dans les profondeurs du ciel, cherchant à Le trouver au-delà des étoiles, au-delà des limites mêmes du temps et de l’espace. Cela peut conduire une personne à une expérience spirituelle d’une profondeur bouleversante.
Il existe d’autres façons de combiner un dispositif de type mantra avec la contemplation. Ainsi, on peut contempler une fleur et souhaiter prendre davantage conscience de sa beauté. La contemplation en soi améliorera bien sûr considérablement la conscience, mais un débutant peut avoir du mal à maintenir sa concentration. Cependant, la contemplation peut être combinée avec un exercice consistant à répéter le mot « beauté » à de nombreuses reprises tout en regardant la fleur. Cela permet d’amplifier sa sensibilité et son sens de la beauté, de sorte que la fleur semble réellement rayonner de beauté. Il peut en résulter une expérience esthétique extrêmement puissante. Si l’on réalise alors que la source de la beauté est le Divin dans la fleur, cette beauté peut également devenir un lien avec le Divin.
De même, on peut regarder sa propre main et répéter le mot « force » à plusieurs reprises. En faisant cela, on peut prendre conscience de manière unique de la force de sa propre main. Il est vrai que la force est normalement une qualité abstraite, dont on peut être conscient mais qu’on ne peut pas voir. Dans un état méditatif, la force de la main devient non seulement quelque chose dont on a conscience de manière abstraite, mais aussi quelque chose que l’on peut réellement voir. S’il est impossible de décrire à quoi ressemble la force, elle devient réellement visible. Cela ressemble beaucoup à une expérience de synesthésie, évoquée précédemment, et dans laquelle on peut voir des choses invisibles telles que des sons ou des parfums. Ici, on peut également voir des concepts abstraits.
Un autre type de contemplation mentionné dans le Zohar implique une bougie ou une lampe à huile. De nombreux systèmes méditatifs utilisent une bougie, mais les sources judaïques indiquent une préférence pour une petite lampe à huile d’olive et une mèche en lin. Cela ressemblerait au grand candélabre de la menorah qui se trouvait dans le Temple de Jérusalem, qui était peut-être également utilisé comme objet de contemplation. L’huile d’olive produit une flamme d’un blanc particulièrement pur qui attire le regard vers ses profondeurs. Bien sûr, si une telle lampe n’est pas disponible, une simple bougie peut être utilisée à la place, car l’essentiel est la flamme.
La littérature zoharique (Tikkunay ha-Zohar 21:50a) enseigne que lorsque l’on contemple une flamme, il faut être conscient de ses cinq couleurs : blanc, jaune, rouge, noir et bleu ciel. Ce sont les couleurs que l’on doit voir lorsque l’on contemple profondément la flamme d’une bougie ou d’une lampe à huile.
Sur le plan intellectuel, cela est difficile à appréhender. Lorsque l’on observe simplement une flamme, on peut percevoir du blanc, du jaune et du rouge, car ce sont les couleurs naturelles du feu. Même le noir n’est pas trop difficile à appréhender, car il peut être perçu comme l’obscurité qui entoure la flamme. Comme nous l’avons vu, l’obscurité elle-même joue un rôle important dans l’expérience méditative.
Cependant, la couleur bleu ciel semble poser problème. Il n’existe aucune trace de cette couleur dans la flamme d’une bougie ou d’une lampe. De plus, d’après le contexte de l’enseignement du Zohar, il semble que cette couleur apparaisse à l’extérieur et au-delà du noir, qui est l’obscurité qui entoure la flamme.
Par ailleurs, le Zohar (3:33a) fournit un indice sur la nature de cette couleur bleu ciel. Le Zohar dit que le bleu que l’on voit autour de la flamme représente la Présence divine, la Shekhinah en hébreu.
Pour la découvrir, il est toutefois nécessaire de pratiquer la méditation avec une bougie ou une lampe. Elle doit être effectuée dans une pièce sombre, la bougie devant être placée suffisamment loin du mur pour ne pas projeter de lumière sur celui-ci. On utilise la technique de contemplation standard, en laissant la flamme envahir tout l’esprit. On prend conscience des couleurs de la flamme, le blanc, le jaune et le rouge ; chaque couleur et chaque nuance sont extrêmement significatives. On est conscient de la chaleur et de l’énergie qui se dégagent de la bougie et, comme dans le cas de la force de la main mentionnée ci-dessus, on atteint un niveau où l’on peut réellement voir ces énergies abstraites.
L’étape suivante consiste à se concentrer sur l’obscurité qui entoure la flamme. Lorsque l’on contemple l’obscurité de la pièce, celle-ci devient très profonde, palpable. On la perçoit comme une noirceur veloutée qui semble rayonner dans le noir. Cela peut être analogue au « feu noir » ou à la « lampe des ténèbres » évoqués dans la littérature talmudique et zoharique. En ce sens, l’expérience de l’obscurité peut être plus profonde que celle de la lumière.
Néanmoins, lorsque l’on s’enfonce davantage dans la méditation, on commence à percevoir un champ bleu ciel autour de l’obscurité. La noirceur s’étend sur une certaine distance autour de la bougie, mais autour de celle-ci, on fait l’expérience d’un bleu ciel pur. C’est le bleu ciel le plus beau que l’on puisse imaginer, comme celui d’un ciel d’été au-dessus de la Terre Sainte. La couleur est d’une beauté presque impressionnante.
Bien sûr, la couleur bleue n’est pas une réalité physique ; elle est entièrement une création de l’esprit. Selon le Zohar, la sensation bleue est une révélation du spirituel. En un sens, elle signifie que l’on perçoit l’essence spirituelle de la lumière qui rayonne de la bougie.
Certaines sources indiquent que dans les techniques de méditation plus avancées, il est possible de voir des visions dans ce champ bleu (voir Sefer Yetzirah 1:12). De plus, lors de la révélation au Sinaï, lorsque les Israélites eurent la vision du Divin, ils ont vu « sous Ses pieds comme une dalle de saphir » (Chemot XXIV : 10). De même, lorsque le prophète Ézéchiel vit le Trône de Gloire, il l’a décrit comme étant de la couleur du saphir (Ézéchiel I : 26). Ainsi, le bleu est toujours une couleur associée à la vision et à la prophétie.
Ce type de méditation à la bougie est important pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il nous permet de faire l’expérience du « feu noir » et de « l’obscurité rayonnante », deux concepts importants dans les sources kabbalistiques. Comme nous le verrons, le « feu noir » joue un rôle primordial dans d’autres types de méditation juive.
Deuxièmement, en apprenant à percevoir l’aura bleue autour de la bougie, on peut apprendre à percevoir les auras en général. Une aura est un champ bleuâtre qui apparaît autour des personnes et des objets. Pour percevoir une telle aura, on peut commencer par regarder sa main devant un mur blanc ou un ciel bleu clair. On finit par percevoir une zone colorée qui « semble » différente de l’objet ou de l’arrière-plan. Cette zone colorée floue semble s’étendre vers l’extérieur sur une distance comprise entre 2 et 6 mm. Au début, elle peut être difficile à percevoir, mais avec de la pratique, l’aura devient très évidente. La contemplation augmente considérablement la capacité à la percevoir.
Dans les sources kabbalistiques, cette aura est connue sous le nom de tzelem. Certains maîtres spirituels, tels que Ari, étaient capables de déterminer l’état de santé spirituelle d’une personne à partir de son aura. Bien entendu, la lecture des auras est un sujet qui dépasse le cadre de cet ouvrage.
La couleur bleue est également associée au spirituel de bien d’autres manières. L’un des commandements importants concerne les franges qui étaient autrefois portées aux coins de tous les vêtements. Cette tradition perdure aujourd’hui dans le tallith, le vêtement à franges que l’on revêt lors de la prière. Dans l’Antiquité, un des fils des franges était teint en bleu ciel vif à l’aide d’une teinture fabriquée à partir du purpura, un mollusque (voir Devarim XV : 38). Bien qu’il ne soit plus utilisé aujourd’hui, ce fil bleu était considéré comme primordial.
Ainsi, le Talmud nous offre une méditation contemplative sur le fil bleu de la frange. Il dit :
La frange est bleue ;
Le bleu est la couleur de la mer ;
La mer est la couleur du ciel ;
Et le ciel est la couleur du Trône de Gloire.
On peut donc utiliser le fil bleu comme sujet d’une méditation contemplative. On peut alors remplir son esprit de cette couleur bleu ciel, de sorte que rien d’autre n’existe dans le monde à part ce bleu. On médite ensuite sur cette association et on voit le bleu comme la mer. Bien sûr, comme la teinture bleue provient d’une créature aquatique, on remonte dans cette méditation à la source du bleu. Mais on fait également l’expérience de la fraîcheur apaisante de la mer et de la sérénité de ses profondeurs.
L’étape suivante consiste à associer le bleu de la mer à celui du ciel. À présent, les pensées s’élèvent vers les cieux, de plus en plus haut, jusqu’aux confins du ciel. Puis elles pénètrent le ciel et s’approchent du Trône de Gloire. Ainsi, contempler la couleur bleue est considéré comme une invitation à entrer dans une dimension spirituelle d’un tout autre niveau. Ce qui est très révélateur, c’est le fait que ce type de méditation contemplative est décrit explicitement dans le Talmud.
Il est également caractéristique que, dans les sources de la Kabbale, cette couleur bleu saphir soit également associée au « troisième œil ». L’une des raisons est que cette couleur n’est pas perçue par les yeux physiques, mais par un œil mental ou spirituel. À travers ce bleu, on peut voir des visions invisibles aux yeux physiques.
Il existe un autre type de contemplation assez simple et directe. Elle consiste à contempler le nom le plus sacré de Hachem, le tétragramme à quatre lettres, YHVH. Cette contemplation présente plusieurs avantages importants, le plus évident étant que, puisqu’il s’agit du nom le plus sacré de Hachem, il nous relie directement au Divin.
Il est important de comprendre qu’il est interdit de prononcer ce nom sous quelque forme que ce soit. En effet, il s’agit du nom le plus sacré de Hachem, et il est lié à tous les niveaux spirituels. Cependant, c’est précisément pour cette raison que ce nom peut être utilisé comme un lien permettant à une personne de se connecter aux niveaux spirituels les plus élevés.
Pour utiliser cette méthode de contemplation, ce nom de Hachem peut être écrit sur une carte ou une feuille et placé à un endroit où il peut être facilement vu. Il peut ensuite être utilisé comme objet de contemplation de la manière habituelle.
On peut souhaiter enrichir cette contemplation par la méditation sur un mantra. Là encore, le mantra Ribbono shel Olam peut être très utile. On se relie alors directement à Hachem à la fois par le mantra et par la contemplation visuelle.
Pour que ce type de contemplation ait tout son sens, il est nécessaire d’avoir une certaine idée de la signification des quatre lettres du nom de Hachem. Comme indiqué précédemment, le Tétragramme s’écrit YHVH (יְהוָה). Il se compose donc des quatre lettres hébraïques yod, heh, vav et heh. Ces quatre lettres ont une signification très particulière.
Ce nom peut être compris à partir d’un ancien enseignement kabbalistique. Cet enseignement affirme que les quatre lettres renferment le mystère de la charité.
Selon cet enseignement, la première lettre, yod, désigne la pièce de monnaie. La lettre yod est petite et simple, comme une pièce de monnaie.
La deuxième lettre, heh, désigne la main qui donne la pièce de monnaie. Chaque lettre de l’alphabet hébreu représente également un chiffre. Comme heh est la cinquième lettre de l’alphabet, elle a une valeur numérique de cinq. Le « cinq » de heh fait allusion aux cinq doigts de la main.
La troisième lettre, vav, représente le bras tendu pour donner. Cette lettre a la forme d’un bras. De plus, en hébreu, le mot vav signifie « crochet » ; vav a donc une connotation de connexion. En effet, en hébreu, le mot « et » est représenté par la lettre vav préfixée à un mot.
Enfin, la quatrième lettre, le heh final, est la main du mendiant qui accepte la pièce.
C’est l’essence même de la charité au niveau humain. Cependant, la « charité » peut également être comprise à une échelle divine. Le plus grand acte de charité possible est celui par lequel Hachem nous donne. La plus grande charité que Hachem nous accorde est l’existence elle-même. Nous n’avons aucun droit à l’existence et nous ne pouvons exiger que Hachem nous l’accorde comme un droit. Par conséquent, lorsqu’Il nous donne l’existence, c’est un acte de charité. Puisque cette « charité » est désignée par le Tétragramme, les quatre lettres représentent le mystère du lien créateur entre Hachem et l’homme.
Le yod représente donc la « pièce de monnaie ». Cependant, la pièce n’est pas en cuivre ou en argent, mais symbolise l’existence même. En tant que dixième lettre de l’alphabet hébreu, le yod a une valeur numérique de dix. Par conséquent, selon les kabbalistes, il fait référence aux dix paroles de la création. Le concept des dix paroles se retrouve d’ailleurs dans le Talmud et n’est pas seulement un enseignement mystique. Dans le récit de la création, l’expression « Et Hachem dit » apparaît dix fois ; ce sont les dix paroles. Ces paroles représentent l’acte de création dans son ensemble et représentent donc la « pièce de monnaie » de l’existence que Hachem nous donne.
Le heh du nom représente alors la main de Hachem, qui détient l’existence qu’Il souhaite nous donner. Le vav est Son bras qui se tend vers nous pour nous donner l’existence. Enfin, le dernier heh du nom est notre main, qui accepte cette existence. Bien sûr, Hachem doit également nous donner cette main. Ainsi, dans un certain sens, Hachem nous donne la « main » à l’aide de laquelle nous recevons l’existence de Hachem.
En contemplant les quatre lettres du Tétragramme, on peut réellement percevoir cela.
On commence par contempler le yod, qui est la plus petite lettre de l’alphabet hébreu, presque comme un point. On contemple le yod et on le voit comme le point initial de la création, les Dix Paroles qui ont fait naître la création à partir du néant.
On contemple ensuite le premier heh du nom. Il s’agit du niveau divin auquel un réceptacle vient à l’existence pour contenir le pouvoir abstrait de la création. On voit Hachem détenant le pouvoir de la création, afin de nous le donner. L’ouverture au sommet du heh est le canal qui nous relie à Hachem, tandis que l’ouverture en bas est le canal qui nous relie à nous, sur terre. Le heh est donc perçu à la fois comme une main à cinq doigts (en raison de sa valeur numérique) et comme un canal pour les forces de la création.
On contemple ensuite le vav. Ici, on voit la puissance de Hachem qui s’étend vers nous, désireuse de donner.
La lettre la plus importante est le heh final. Il s’agit de notre main, dans laquelle nous recevons ce que Hachem est prêt à nous donner. Elle représente notre capacité à recevoir de Hachem.
Le lien entre le vav et le heh est extrêmement important. C’est le lien entre le Donateur et le receveur. Sans ce lien, nous ne pouvons rien recevoir de Hachem.
Dans le Talmud et la Kabbale, les lettres de l’alphabet hébreu sont considérées comme dotées d’un immense pouvoir spirituel. À propos de Bezalel, l’architecte du Tabernacle que les Israélites construisirent juste après l’Exode, le Talmud dit : « Bezalel savait comment combiner les lettres à travers lesquelles le ciel et la terre ont été créés. » Comme le monde a été créé à partir de dix paroles, et que ces paroles sont composées de lettres, les lettres sont considérées comme les ingrédients premiers de la création. Ainsi, lorsque l’on contemple le Tétragramme, les lettres servent de moyen par lequel une personne se connecte à Hachem et au processus créatif.
Il existe une autre manière d’interpréter les quatre lettres du Tétragramme. Les deux premières lettres, yod et heh, sont considérées comme représentant les forces masculines de la création. Les deux dernières lettres, vav et heh, représentent les forces masculines et féminines de la providence divine.
Ceci est étroitement lié à la discussion précédente. Le premier yod du Tétragramme est considéré comme la « pièce de monnaie », les dix paroles de la création. Il s’agit de la « graine » de la création, l’élément masculin. Cette « graine » doit être placée dans le ventre de la création, qui est le heh, avant de pouvoir porter ses fruits. Le heh représente donc à la fois une main et un utérus. Les deux ont la connotation de « tenir », bien que le symbolisme soit différent.
Les deux dernières lettres du nom, vav et heh, représentent les pouvoirs masculins et les pouvoirs féminins de la providence divine. La providence désigne le pouvoir par lequel Hachem dirige le monde. Ici, le vav représente la « graine » de la providence, l’impulsion initiale qui vient de Lui. En un sens, c’est le « bras » créateur de Hachem qui s’étend pour diriger le monde qu’Il a créé. Le heh final du nom est la main avec laquelle nous acceptons la providence de Hachem. Cela peut également être vu comme le ventre qui contient les forces de la providence. La petite ouverture en haut de la lettre heh est l’ouverture par laquelle la « graine » entre, tandis que la grande ouverture en bas est l’endroit où « l’enfant » émerge.
Bien sûr, les forces de la création ne peuvent jamais être séparées, car si elles l’étaient, le monde cesserait d’exister. Les forces de la providence, en revanche, peuvent être séparées, comme lorsque Hachem détourne son visage du monde. Lorsque les forces masculines et féminines de la providence sont séparées, le vav dans le nom est séparé du heh final.
Dans cette méditation sur le Tétragramme, on peut unir le vav et le hev final. Dans les textes de la Kabbale, cela s’appelle une unification, yichud en hébreu. Elle sert à ouvrir la personne aux forces de la providence et à la rendre consciente de la guidance divine dans sa vie. Puisque le heh est la main par laquelle nous recevons de Hachem, l’unir au vav rend la personne plus consciente de la présence divine.
Lorsque l’on contemple le nom de Hachem écrit sur la carte ou le parchemin, le noir de l’écriture devient plus noir, tandis que le blanc de la carte devient plus blanc. Finalement, on perçoit le nom comme étant écrit avec « du feu noir sur du feu blanc ». Il est important de noter que, selon le Midrash, la Torah primitive était écrite de cette manière, comme « du feu noir sur du feu blanc ».
Après avoir pratiqué cette forme de méditation pendant un certain temps, le « feu » commence à graver le nom de Hachem dans l’esprit, de sorte qu’il est facile de le visualiser, même sans la carte. Cela fait appel à la méthode de visualisation, une autre technique importante de la méditation juive, qui sera abordée dans le chapitre suivant.
[1] xiie siècle, comme adjectif ; xvie siècle, comme substantif. Emprunté du latin universus, proprement « tourné de manière à faire un tout », puis « tout entier, total », lui-même composé à partir de unus, « un, un seul », et versus, participe passé de vertere, « tourner ».
